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Les tablettes cunéiformes de la Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg (BNU)



Historique

C’est en 1912 que 380 documents cunéiformes ont été acquis sur le marché des antiquités en Égypte, sans doute par Carl Frank lui-mȇme qui allait assurer la première publication d’une cinquantaine d’entre elles. Cet ensemble forme le socle de la collection de la BNU. Cependant, 15 documents se sont ajoutés à l’inventaire avant 1970. Et en 1970, 92 nouvelles tablettes ont été léguées à la BNU par la veuve du professeur Fritz Kocher. Ces trois ensembles ont été inventoriés sous une numérotation séquentielle continue allant de 1 à 484, les numéros 396 à 484 étant affectés à la collection Kocher. La collection de la BNU est l’une des plus importantes de France par le nombre des documents.


Travaux scientifiques et publications

Carl Frank a publié cinquante de ces tablettes dans l’ouvrage Strassburger Keilschrifttexte in sumerischer und babylonischer Sprache (Berlin: de Gruyter, 1928). Nikolaus Schneider, du Luxembourg, a publié 304 tablettes dans l’ouvrage intitulé Die Drehem- und Djoha- Urkunden der Strassburger Universitäts- und Landesbibliothek (= Analecta Orientalia 1; Rome: Pontificio Istituto biblico, 1931). Y figure le corpus des textes datant de la troisième dynastie d’Ur.
Cette collection de la BNU a retenu l’attention du professeur E. Laroche, lorsqu’il enseignait à l’Université de Strasbourg. Il en a établi un catalogue et a fait en sorte qu’elle soit abordée à nouveau par les chercheurs dans le but d’en compléter l’exploitation.
C’est ainsi que Dominique Charpin et Jean-Marie Durand ont republié la quasi-totalité de ce corpus, sous le titre Documents cunéiformes de Strasbourg (= Recherches sur les grandes civilisations 4; Paris: A.D.P.F., 1981), dans le but de le rendre à nouveau accessible, d’en compléter et d’en améliorer la publication scientifique. Seul le premier tome de ce travail (sur les deux annoncés) a paru à ce jour. Ce travail reprend également les travaux d’autographie et d’édition de Schneider et ceux de Francis Joannès, “Textes néo-babyloniens de Strasbourg”, parus dans Revue d’assyriologie 74 (1980) 145-169.


Vie de la collection

La collection est conservée au sein des fonds papyrologiques et égyptologiques de la BNU et se consulte dans les mȇmes conditions que les fonds de papyrus ou de monnaies (le jeudi de 9h à 12h, ou sur rendez-vous).
L’exposition Des signes et des mots: l’écriture des origines au Moyen âge (Strasbourg: Musées, 2003), a présenté plusieurs de ces documents cunéiformes: tablettes, clous de fondation, sceaux-cylindres, l’ensemble présenté par Dominique Beyer, professeur d’histoire et d’archéologie de l’Orient ancien à l’Université de Strasbourg.


Compléments à la collection

À cette collection de tablettes s’ajoutent d’une part une brique estampée de Nabuchodonosor II, qui a été publiée par János Everling en 2000, ainsi qu’une collection de 15 sceaux-cylindres en pierre dure, publiés par Frank, de leurs empreintes, et de plusieurs dizaines d’autres empreintes de sceaux cylindriques et non-cylindriques appartenant à des collections diverses (Winner, Sigmaringen, Schroeder-Beirut, Speor-Jerusalem, Cesnola-Metropolitan Museum, etc.).
Comme c’est le cas également pour les collections papyrologiques de la BNU, cette collection de documents cunéiformes a pour qualité principale de couvrir l’ensemble de l’histoire trimillénaire de la Mésopotamie, depuis la période sumérienne des dynasties archaïques IIIb (vers 2500-2350 avant notre ère) jusqu’à l’empire néo-babylonien (VIe siècle avant notre ère), et d’autre part de contenir des documents de genres littéraires et de types très divers quant aux fonctions, aux supports, etc. Ces aspects en font une collection particulièrement représentative des civilisations de l’Orient ancien.


Daniel Bornemann
Conservateur, responsable des Réserves